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Les ingénieurs marocains "l’innovation technologique et « la mémoire collective »"

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Les ingénieurs marocains "l’innovation technologique et « la mémoire collective »"

Message par bahcham le 03/01/10, 12:51 pm

Les ingénieurs marocains semblent être moins performants que leurs
confrères dans les pays développés : éléments de réponse

Par J. Chaouki♣
e-mail : jamal.chaouki@polymtl.ca

♣ M. Chaouki est professeur titulaire à l’École Polytechnique de
Montréal depuis 1987. Il a formé une soixantaine de chercheurs. Il a
publié plus que deux cents cinquante articles scientifiques dans des
revues avec comités de lecture, plus de deux cent cinquante autres
articles scientifiques et édité trois livres. De plus, il possède neuf
brevets. Enfin, il détient plusieurs prix scientifiques. Actuellement,
il est éditeur de la revue scientifique internationale « Chemical
Product & Process Modeling ». Il a organisé plusieurs congrès
internationaux et il était directeur du programme scientifique et
technique du 8ème congrès mondial du génie chimique (Montréal en
2009). Il est aussi membre de plusieurs sociétés professionnelles et
savantes (Ordre des ingénieurs du Québec, AIChE…). Il est aussi membre
de l’Académie du Génie du Canada. Durant toute sa carrière
professorale, il agit comme consultant auprès de plusieurs compagnies
nationales et internationales. Il a travaillé durant un an comme
directeur technique chez Cynovad et a fondé Formmat Technologies Inc.






Depuis que j’ai passé une année sabbatique dans une grande compagnie privée au
Maroc en 1996-97, plusieurs personnes m’ont posé et continuent même de
le faire maintenant la question suivante : alors que nos ingénieurs
sont formés dans les meilleures écoles d’ingénieur du monde,
nationales ou internationales, comment se fait-il qu’ils semblent être
moins performants dans le quotidien, dans la pratique de tous les
jours? Ma réflexion a été amorcée à ce moment et a évolué au cours du
temps.
Durant cette année 2005-06, où je passe une nouvelle année sabbatique
en Belgique dans une grande compagnie pétrolière, j’ai choisi d’y
apporter des éléments de réponse.

D’abord, il est légitime de se poser cette question. Plusieurs
indicateurs permettent de comparer la situation négative de nos usines
à celles des pays développés ou même à certains pays dits en voie de
développement. Parmi ces indicateurs, on peut citer : leur état
technologique, les choix des procédés utilisés, leur compétitivité,
leurs consommations énergétiques, leurs pollutions environnementales,
le nombre de brevets déposé, les innovations technologiques
impliquées, le nombre d’ingénieurs impliqués…Un véritable benchmarking
doit être réalisé en profondeur pour quantifier ces situations, mais
il ne faut pas se voiler la face : à la veille du libre marché, la
réalité technologique de nos usines est alarmante et de profonds
changements doivent être entamés le plus rapidement possible. Il en va
de la survie de notre industrie.
Les éléments de réponse qui permettraient d’expliquer cet état de fait
sont, bien sûr, innombrables, et il serait illusoire d’en dresser une
liste exhaustive. Dans le texte qui suit, j’aimerais soulever deux
éléments qui sont négligés, sinon complètement ignorés.
Je ne vais pas parler de l’état technologique général car d’une part
c’est largement décrit dans plusieurs revues spécialisées, et d’autre
part c’est un problème similaire à celui de l’oeuf et la poule.
En effet, il est évident qu’il ne peut pas y avoir un avancement
technologique spécifique et local, « un pic technologique » isolé,
sans un avancement général et réciproquement.
Pour fabriquer une voiture 100% marocaine, il faut qu’une multitude
d’avancements technologiques soit réalisée. Pour ma part, je vais me
restreindre à deux causes qui sont : l’innovation technologique et «
la mémoire collective ».

L’innovation technologique :

Son importance n’est plus à démontrer. Tous les pays, développés et en
voie de développement, l’ont tous louangée. Je ne citerai qu’un
exemple, celui d’Alan Greenspan l’ancien directeur de la réserve
américaine disait dernièrement que dans une économie internationale et
globale, l’indice de développement économique dépend grandement de la
capacité d’un pays à innover et à appliquer de nouvelles technologies.
Tous les pays développés ont une politique spécifique quant à la R&D
dans les compagnies. Par exemple, dans la province du Québec, les
compagnies engagées dans des activités de R&D peuvent aller chercher
des remboursements jusqu’à 70% des frais liés directement et
indirectement à ce type d’activité.
De plus, les scientifiques étrangers oeuvrant dans ces compagnies ne
payent pas d’impôt provencial durant leur cinq premières années. La
R&D dans les compagnies marocaines est pratiquement inexistante, sauf
des cas d’ultime exception. Il n’y a pratiquement aucune structure qui
permet aux ingénieurs et techniciens d’innover.
Ces ingénieurs n’ont aucun support et aucune liberté pour agir dans
cette direction.
Chez Dupont, les chercheurs peuvent travailler une journée par semaine
sur une problématique définie par eux-mêmes.
De plus, ils sont récompensés, y compris financièrement, en rapport à
l’importance de leurs innovations. Les compagnies des pays développés
ont beaucoup innové comme en témoignent les nombreuses percées
technologiques qui sont omniprésentes dans notre vécu.
Mais ce qu’on sait moins bien, c’est que ces réussites parfois
éclatantes ont été accompagnées par beaucoup d’échecs qui ne sont pas
ou peu documentés. Pour innover, il faut prendre des risques et nos
compagnies ne sont pas en général prêtes à le faire. Les risques sont
réels comme le démontrent les deux exemples que j’ai retenus à cause
dans un premier temps des montants mis en jeu et dans un deuxième
temps du know-how, de la réputation et de l’aura de la compagnie
visée.

Dans l’usine de Magnola à Danville au Québec, on a tenté de produire
du magnésium à partir de la serpentine (déchets de l’amiante). La
production nominale prévue était de 63,000t/an, soit 20% de la demande
mondiale.
Les recherches au laboratoire ont eu lieu de 1985 à 95 pour un montant
de 20M$Can. L’usine pilote a coûté un autre 20M$Can et a été opérée de
juillet 1996 à juillet 1997. Cette opération a coûté 5M$Can. L’usine
industrielle devrait coûter 700M$Can, mais en définitive elle a
englouti 1300M$Can (oui, c’est bien 1.3 milliards !!), et a été
complété en 2000. Le démarrage n’a eu lieu qu’à la fin 2001 à cause de
sérieux problèmes techniques.
Le 29 janvier 2003, la compagnie a décidé de fermer l’usine prétextant
une chute du prix du magnésium, mais dans la réalité les problèmes de
conception, ainsi que des coûts d’opération inhérents à la conception
sont à l’origine du manque de compétitivité de l’usine.

Dans les années 80, Dupont a décidé de produire du Lycra (une fibre
textile synthétique que les femmes et les sportifs connaissent bien !)
à partir du butane. Dans la première étape du procédé, on réalise une
oxydation sélective du butane pour obtenir de l’anhydride maléique. La
découverte a coûté 1.7M$US/an. Les essais de laboratoire 5M$US/an dans
les années 85 et l’usine pilote 10M$US/an en 1990.
La construction de l’unité industrielle a coûté près de 150M$US mais
elle n’a jamais pu atteindre la production nominale. Des travaux de
R&D sur l’unité industrielle ont été poursuivis pour atteindre la
production nominale durant quelques années et ont coûté 17M$US/an. En
janvier 2005, Dupont a décidé de démanteler l’unité industrielle. Le
développement de ce procédé a coûté quelques 100M$US.

Signalons d’abord que pour les deux exemples cités auparavant, les
développements ont duré entre 15 et 20 ans ! Il y a, bien sûr, de
nombreux autres exemples de tels échecs technologiques.
Bref, les scientifiques, ingénieurs et techniciens oeuvrant à
l’étranger innovent énormément mais se trompent aussi, quelques fois.
Par contre, ces mêmes compagnies continuent d’être très profitables,
innovantes, performantes…
Au Canada, l’industrie des pâtes et papiers, une des plus importantes
au pays, a longtemps négligé la R&D et les avancements technologiques.
Les pays scandinaves, surtout la Finlande, ont par compte continué
d’innover dans ce domaine. La conséquence ne s’est pas fait attendre;
l’industrie papetière canadienne est de plus en plus dominée par les
scandinaves.
Pour innover, il faut donc prendre des risques. Les gros risques
engendrent de grosses innovations et en définitive de gros profits.
L’histoire des innovations ou des révolutions technologiques est très
inspirante, très intéressante et permet de croire dans les
réalisations futures.
Parfois, il faut nager à contre courant, contre « les ça ne peut pas
marcher ». P. G. de Gennes, prix Nobel de physique 1991, disait que
les scientifiques ne sont pas des oracles. Lord Rayleigh, un des plus
grands mécaniciens du siècle dernier, a écrit que tenter de faire
voler un engin plus lourd que l’air serait une perte de temps !
Quelques années plus tard, l’Éole de Cément Ader prenait son envol. En
1933, lord Ernest Rutherford, prix Nobel de physique 1908, qualifiait
l’exploitation de l’énergie nucléaire de « conte à dormir debout ».
Neuf ans plus tard, Fermi a démontré le contraire, preuve à l’appui.

« La mémoire collective » :

Lors de mon séjour au Maroc et durant les nombreuses consultations que
je continue de mener au Maroc, je suis toujours estomaqué du peu de
documentation existante dans les compagnies.
Chaque ingénieur nouvellement recruté doit constituer sa propre «
bibliothèque ». C’est toujours à recommencer. L’accumulation du savoir
frise le zéro.
Je me rappelle cette compagnie marocaine qui a voulu renouveler
certains de leurs filtres. Elle a commandé celui qu’elle avait testé
dix ans auparavant et qui …ne fonctionnait pas.
Bref, la « mémoire collective » des compagnies est pratiquement
toujours vide. Or la continuité et l’accumulation du savoir sont
primordiaux en génie.
Par exemple, pour construire, opérer et produire des centrales
thermiques de 500 MW au charbon, la Chine a d’abord construit des
unités de laboratoire qui ont été opérées pendant les années 80.
Ensuite, elle a développé des unités pilotes de l’ordre de 1 à 2 MW,
pour enfin développer d’abord de petites unités industrielles de
l’ordre d’une dizaine de MW, ensuite 100 MW pour enfin atteindre des
500 MW et plus. Demain, ça sera des 800, peut-être 1000MW. « Qui
n’avance pas, recule ».
De plus, quand la technologie a changé passant des lits fluidisés à
des lits fluidisés sous pression, il fallait recommencer encore une
fois par des unités de laboratoire pour aboutir à des unités
industrielles. Le même circuit a été suivi, mais en accéléré. La Chine
est capable actuellement de les construire en totalité de A à Z ;
mieux, sa technologie peut maintenant compétitionner celle des grosses
compagnies énergétiques de ce monde, des ABB, Lurgi…
Le savoir technologique est incrémental.
Ce sont des essais et erreurs où les leçons tirées de ces mêmes
erreurs et leurs correctifs qui sont primordiaux.
On apprend beaucoup de ses erreurs. Les exemples de ratés
technologiques sont et seront tournés en savoir-faire, pour atteindre
et développer de nouvelles idées, de nouveaux procédés. Dans les
procédés pétroliers, les colonnes à distiller permettant de séparer
les différents constituants qui sont omniprésentes.
Dans la compagnie où je passe actuellement une année sabbatique, tout
le personnel concerné s’est donné, depuis un certain temps déjà, comme
objectif de répertorier toutes les expériences de vécu, de problèmes
de conception, d’opération…concernant ces colonnes. Il en est résulté
un document d’à peu près 40MBits qui relate tout le vécu de la
compagnie.
Un jeune ingénieur nouvellement recruté va bénéficier de tout ce
savoir-faire. Il pourra profiter dans sa propre expérience de tout cet
enrichissement. Son vis-à-vis marocain, peut-être même diplômé de la
même école, ne pourra d’aucune façon profiter du savoir faire
accumulé.
Les différences de savoir technologique et scientifique de chacun vont
aller en grandissant. Les avancées technologiques ne sont pas des
sciences exactes. Elles reposent sur l’expérience de chacun, mais
aussi sur celle de la compagnie via sa « mémoire collective ». Avec
l’avènement de l’ordinateur, de l’archivage des documents de
l’éducation permanente et de l’internet, il est actuellement
relativement facile de se constituer ce type de mémoire de la
compagnie.
Pour cela, il faut, là aussi, d’abord y croire, fournir aux ingénieurs
et techniciens le support adéquat et les outils nécessaires et mettre
les efforts nécessaires.

Effectivement, les ingénieurs marocains semblent être moins
performants que leurs confrères dans les pays développés malgré la
qualité de leur formation dans les écoles d’ingénieurs aussi bien au
Maroc qu’à l’étranger.
Les raisons de cet état de fait sont, bien sûr, innombrables, et il
est illusoire d’en dresser une liste exhaustive.
Parmi celles-ci, les innovations technologiques et "le retour
d’expériences" (appelé REX par Air France) semblent être inexistantes
dans les industries marocaines.
Les compagnies marocaines peuvent innover selon leur taille, leur
compétitivité et leurs compétences. Il en va de leurs avenirs.
Au fait, il y a un large spectre d’innovations allant de la révolution
scientifique à de nouveaux outils ou méthodes capables de solutionner
intelligemment des problèmes particuliers.
Pour cela, il faut d’abord y croire, fournir aux ingénieurs et
techniciens le support adéquat et les outils nécessaires, mettre
beaucoup d’effort et prendre des risques calculés.
Thomas Edison, inventeur infatigable, avait coutume de dire que la
science demandait 5% d’inspiration et 95% de transpiration.
De plus, pour faire profiter les ingénieurs débutants de toutes les
expériences accumulées, il faut établir, au plus vite, un système qui
leur permet d’assimiler le passé technologique de la compagnie en
créant une véritable mémoire collective.
Ce n’est que dans ce contexte que nos ingénieurs marocains pourront
commencer à combattre à arme égale la compétition technologique
internationale qui a bel et bien commencé.

Bonne lecture
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bahcham

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Re: Les ingénieurs marocains "l’innovation technologique et « la mémoire collective »"

Message par riad06 le 03/01/10, 01:17 pm

on peut savoir ton avis bahcham sur le sujet
et c'est koi ton profil ?!

riad06

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Re: Les ingénieurs marocains "l’innovation technologique et « la mémoire collective »"

Message par bahcham le 03/01/10, 01:43 pm

à mon avis Mr Riad, puisque je ne suis pas un ingénieur, et je n'ai pas encore visité les autres pays pour faire une comparaison, Mais apparemment ça se voix qu'il ya d'abord un manque des ingénieurs au Maroc vue la cadence de l'évolution de la nouvelle technologie. et dans le milieu professionnel on remarque que il n'y a pas une mise à niveaux des connaissance et des compétence, la plus part des compagnie et surtout même le secteur public ne donnent pas bcp d'importance à la formation continue ...
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bahcham

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Re: Les ingénieurs marocains "l’innovation technologique et « la mémoire collective »"

Message par riad06 le 03/01/10, 03:59 pm

moi personnellement je pense que la matiere grise est la
les ingenieurs dans leur majorités se sont les meilleurs eleves de notre systeme d'education
ce décalage entre les niveaux de nos ingenieurs et les autres est du principalement au systeme d'education qui n'accompagne pas les changement technologique et en meme temps c'est un systeme qui n'est pas stable a chaque fois on essaye de le changer sous pretexte de réforme mais malhereusement se sont que des perturbations et pas de réforme

au maroc il ya un grand manque d'ingenieur; le gouvernement commis la meme erreur en essaynt de former 10 000 ingenieurs au détriment de la qualité

mais ana ba3da tlafet je ne sais pas comment ils vont faire
ni la qualité des profs ni laboratoires et aussi la capacité des écoles ne le permet pas
dernierement on parle de transformer les facultés en ecoles polytechniques
et ca continue allah ydir tawel dalkhir ou safi

riad06

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